
Fermeture du pont Champlain: «Il était temps» | La Presse
Mal conçu. Mal construit. Mal entretenu. Le pont Champlain a donné des sueurs froides aux ingénieurs ces dernières années. Retour sur le climat stressant qui a marqué sa fin de vie. Et sur la grande frousse de novembre 2013 qui a fait craindre le pire.
lapresse.ca →Mal conçu. Mal construit. Mal entretenu. Le pont Champlain a donné des sueurs froides aux ingénieurs ces dernières années. Retour sur le climat stressant qui a marqué sa fin de vie. Et sur la grande frousse de novembre 2013 qui a fait craindre le pire. Pourquoi le pont a-t-il été fait comme ça, à l’origine ? C’était pour économiser. Il a été conçu très mince, très effilé, parce que ça coûtait moins cher. La chaussée du pont Champlain a ainsi été conçue à même les 350 poutres de soutien qui le composaient. Pour décrire le pont Champlain, il faut imaginer sept rangées parallèles de 50 poutres, toutes reliées par des dalles intercalaires que l’on attachait aux poutres avec des câbles d’acier transversaux, avant de mettre le tout sous haute tension pour que tous les morceaux tiennent bien ensemble. Aussi mal foutu qu’il ait été, souligne-t-elle, le pont Champlain est tout de même encore aujourd’hui, et pour sa toute dernière journée, la plus importante porte d’entrée routière de la métropole. Chaque année, rappelle Mme Martel, environ 20 milliards de dollars de marchandises transitent par ce pont. Chaque jour, pendant des décennies, entre 130 000 et 160 000 automobilistes et camionneurs l’ont traversé, sans problème. La dernière fois que cette poutre avait été inspectée, cette fissure n’était pas là. Elle est longue. Et pour un ingénieur de structure, elle est surtout très large. On ordonne rapidement la fermeture d’une voie de circulation vers la Rive-Sud pour une durée indéterminée, le temps de concevoir une stratégie de réparation. L’utilisation de la super-poutre pour pallier la défaillance d’une poutre de rive du pont Champlain avait été imaginée à l’interne par des ingénieurs de PJCCI et des consultants, pour répondre à une situation d’urgence qui, espérait-on, ne surviendrait jamais. La poutre était fabriquée, démontée, entreposée et prête à être utilisée, mais la logistique d’une telle opération n’avait, évidemment, jamais été testée. « Tandis qu’avec Champlain, poursuit-elle, le but, c’était de le maintenir sécuritaire, en faisant des investissements responsables, mais avec une fin prévue. C’est toute une autre gestion. Ça a affecté des gens. C’est moins positif. » C’est dans la soirée de demain que les impacts de cette fermeture de grande envergure devraient être le plus durement ressentis. Ainsi donc, demain soir, trois des principaux ponts reliant Montréal à la Rive-Sud seront simultanément fermés ou entravés. Ces trois ponts, Jacques-Cartier, Champlain et Mercier, offrent un total de sept voies de circulation vers la Rive-Sud. Pendant une brève période, il n’en restera qu’une seule en service, sur le pont Mercier. Malgré cela, la situation sera tellement critique, demain soir, après la fermeture du pont Jacques-Cartier et celle de l’autoroute Ville-Marie (A720 Est), entre le centre-ville et l’avenue Papineau, qu’un étroit chemin de fuite sera créé de toutes pièces pour quelques heures, vers la Rive-Sud, en passant sur le vieux pont Champlain. Les automobilistes qui utiliseront ce chemin très temporaire seront les toutes dernières personnes à utiliser le pont Champlain pour traverser le fleuve Saint-Laurent, puisque le vieux pont est officiellement mis à la retraite complète, après 57 ans de service. Toutes ces infrastructures routières rouvriront à 11 h lundi matin, pour la mise en service finale des dernières voies de circulation du nouveau pont Samuel-De Champlain, en vue des 125 prochaines années.
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